Exposition de Frédéric de La Mure – Des pays et des hommes, 1925-2025 – Galerie-libraire « Sofia Press » – du 16 juin au 14 juillet 2026

L’Ambassade de France en Bulgarie, l’Institut français de Bulgarie, la galerie-librairie « Sofia Press » en partenariat avec BNP Paribas-Sofia présentent l’exposition « Des pays et des hommes, 1982-2025 » du photographe français Frédéric de La Mure. Du 16 juin au 14 juillet 2026. 29, rue Slavyaska.
L’exposition s’inscrit dans le Bicentenaire de la photographie, organisé par le minstère de la Culture de France et dans le XVIIème Mois européen de la photographie en Bulgarie.
Commissaire : Olympia Daniel, directrice de la galerie-librairie « Sofia Press »
Vernissage le 16 juin 2026 à 18h30, en présence de l’artiste
Frédéric de La Mure : Des pays et des hommes, 1982 – 2026
Pendant quatre décennies, de 1982 à 2025, Frédéric de La Mure a repoussé les limites de la photographie traditionnelle, s’imposant comme un chroniqueur itinérant des destinées humaines pour le ministère français des Affaires étrangères. Pour son exposition à la Galerie-librairie « Sofia Press », nous avons sélectionné 93 clichés qui fonctionnent comme des sismographes sociaux, capturant le pouls de la planète à une époque de mutations géopolitiques dynamiques. Plutôt que de se cantonner aux contraintes du protocole diplomatique, l’auteur a transformé chaque détour de son itinéraire officiel en un regard sans concession sur le monde au-delà des murs des salles de réception formelles.
L’exposition est délibérément structurée autour de plusieurs thèmes clés qui organisent cette archive visuelle en un ensemble cohérent. Elle s’ouvre sur un autoportrait paradoxal dans lequel le photographe lui-même est absent — une métaphore de sa position de témoin invisible, dont la présence ne se manifeste qu’à travers son regard posé sur les autres. À partir de là, le récit se déploie vers le thème de la guerre et de ses cicatrices. La photographie la plus emblématique est sans doute prise à Mostar (2019), montrant une femme traversant une rue devant un mur criblé de balles portant l’inscription : « Nous vivons tous sous le même ciel. » Ici, Frédéric de La Mure ne documente pas l’affrontement direct des armes, mais l’écho persistant de la douleur et la manière dont le passé continue d’habiter le présent.
À l’opposé de la destruction se trouve le thème de l’amour et de la vie dans sa forme la plus brute et la plus authentique. Ces images saisissent des moments de tendresse et de résilience quotidienne qui subsistent malgré les cataclysmes politiques. Dans ce contexte, les portraits d’enfants aux regards inquiets se distinguent particulièrement. Leurs yeux traduisent une gravité précoce ; ils ne sont pas de simples sujets passifs, mais les porteurs de l’expérience lourde du siècle, comme s’ils avaient saisi la complexité du monde mieux que les adultes qui les entourent.
Des réalités parallèles se rencontrent également dans les centres du pouvoir suprême, où la photographie documentaire frôle une esthétique surréaliste. Un cliché en noir et blanc pris à Versailles capture un moment des préparatifs d’un sommet : un employé en tenue ordinaire nettoie des tableaux au milieu d’une accumulation de bustes et de figures historiques. Dans ces salles, le temps se dépose en or et en poussière, et l’homme au chiffon est le seul élément vivant parmi le décor figé. Il est le médiateur invisible, préparant la scène pour les invités tandis que les souverains et généraux de marbre attendent patiemment leur prochain tour dans l’inventaire de l’histoire. Le contraste est saisissant : l’être humain vivant semble plus résilient que les visages de pierre sur lesquels il travaille, nous rappelant que la grandeur est souvent une question de perspective et d’entretien.
En définitive, l’exposition de Frédéric de La Mure offre bien plus qu’une simple chronique d’événements. Elle constitue une analyse profonde du mécanisme mondial, dans lequel les petites histoires personnelles — comme celle de la femme de Mostar ou du nettoyeur de Versailles — sont la seule matière authentique à partir de laquelle se tisse la grande Histoire de l’humanité.
Olympia Nikolova-Daniel, commissaire

Photographe officiel du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pendant près de quarante ans, Frédéric de La Mure a capturé l’actualité diplomatique internationale et les divers aspects de la présence française à l’étranger. Son œuvre inclut quatre livres, de nombreuses expositions et des participations à des événements aux quatre coins du monde. Il a été décoré des distinctions de « Chevalier de l’Ordre national du Mérite » et de « Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur ».
« J’ai été pendant 39 ans le photographe officiel du ministère des Affaires étrangères. Ma mission principale était de couvrir l’actualité de la diplomatie française, à Paris comme aux quatre coins de la planète. Au-delà, je me suis toujours attaché à montrer les à-côtés de ces rencontres internationales, ce qui se passait en-dehors des bâtiments officiels : d’un côté les puissants, de l’autre les sans-grade.
Ce sont deux faces de la même histoire : ce qui se négocie dans les palais influera le destin des gens que l’on rencontre dès qu’on en sort. J’ai toujours refusé de voyager comme une valise. J’aime plonger dans l’inconnu au hasard : je marche 1 km à droite ou à gauche, je prends n’importe quelle ligne de transport jusqu’à son terminus, et j’observe. L’aventure est toujours au coin de la rue. Depuis mon départ du ministère des Affaires étrangères en 2019 je continue à travailler dans ce même esprit sur notre Europe contemporaine.
Mes photos ne sont jamais recadrées : elles s’inscrivent dans le périmètre exact du regard par lequel je les ai saisies : il ne faut pas se donner une « deuxième chance », pour moi artificielle. »
