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Projet « MAHALA BEATS: TRUST & TRUTH »

11.09.2026

Mahala Beats: Trust & Truth est un projet commun de la Fondation Za Nadejda, du Goethe-Institut Bulgarien et de l’Institut français de Bulgarie, avec le soutien du Fonds culturel franco-allemand, du Goethe-Institut et de l’Institut français à Paris. Combinant éducation aux médias et à l’information (EMI) et musique, le projet est mené auprès de jeunes roms du quartier de Nadejda à Sliven, autour des questions de confiance, de représentation et de résilience face à la désinformation. À travers le rap, les traditions musicales roms et les récits communautaires, les participants explorent la manière dont les récits se construisent et peuvent être remis en question. Aux côtés d’artistes et de journalistes de Bulgarie, d’Allemagne, de France et de Pologne, ils co-créent des productions musicales et vidéo qui offrent des perspectives alternatives sur l’identité, la communauté et l’appartenance. Le projet se poursuit jusqu’au 30 novembre 2026.

Contexte

Nadejda (qui signifie espoir en bulgare) compte environ 10 000 habitants et constitue l’un des quartiers roms les plus étendus et les plus ségrégués de Bulgarie. L’isolement physique, l’accès limité aux services publics et des décennies d’exclusion sociale ont nourri une méfiance profonde envers les institutions et les médias traditionnels. Dans le même temps, les communautés roms continuent d’être confrontées à des stéréotypes persistants, renforcés par une couverture médiatique sensationnaliste, la rhétorique politique et les discours de haine en ligne. Dans un tel environnement, rumeurs, théories du complot et informations trompeuses se propagent rapidement, rendant de plus en plus difficile, pour les jeunes, la distinction entre information fiable, manipulation et récits conçus pour exploiter peurs et ressentiments.

Un ancrage local de confiance

En s’appuyant sur le travail communautaire de longue date de la Fondation Za Nadejda, le projet explore la manière dont la culture peut devenir un outil de pensée critique, d’expression de soi et de participation sociale. La Fondation intervient dans le quartier de Nadejda à Sliven depuis 2023, à travers son centre social mobile, en assurant un accompagnement psychosocial quotidien aux enfants et aux familles, et en reconstruisant progressivement des relations de confiance fragiles dans un contexte de forte marginalisation.

Dans ce cadre d’engagement communautaire continu, Mahala Beats articule un travail d’éducation aux médias et à l’information à une démarche artistique et collaborative. Plutôt que d’aborder les jeunes participants comme des récepteurs passifs d’information, le projet les engage comme producteurs actifs de sens. Ils travaillent avec des artistes et des éducateurs pour analyser les récits du quotidien, identifier les mécanismes de manipulation et traduire leurs réflexions en productions créatives, sous forme de musique, de vidéo et de récits.

Éducation aux médias et à l’information et sécurité numérique

Le projet a démarré en mai avec un programme de renforcement des capacités de type « train-the-trainers » (à destination des relais dans la communauté), animé par le Dr Tsvetelina Sokolova, journaliste à Mediapool.bg et enseignante à la Faculté de journalisme de l’Université de Sofia. Deux sessions de sensibilisation en présentiel ont été consacrées aux fondamentaux de l’éducation aux médias, aux bases de la vérification des faits et à la sécurité numérique. Ces sessions incluaient des outils pratiques pour identifier les manipulations en ligne et des repères pour une participation sécurisée dans les espaces numériques. Les participants étaient les membres de l’équipe de la Fondation Za Nadejda, dont des travailleurs sociaux, ainsi que des personnes-relais de la communauté comme des parents et adolescents du quartier.

En s’appuyant sur cette base, l’équipe formée de Za Nadejda mettra en place un « Rumor Diary » (journal des rumeurs) et un studio de production de vidéos de prebunking avec les jeunes du quartier. Les participants cartographieront collectivement les rumeurs locales, les stéréotypes et les schémas récurrents de désinformation, en les reliant à leur propre vécu de stigmatisation et de mauvaise représentation. Au fil de cinq ateliers guidés, ils exploreront le fonctionnement concret des techniques de manipulation telles que le bouc émissaire, la déviation par contre-attaque (« whataboutism »), le cadrage émotionnel ou la décontextualisation, en s’appuyant sur des méthodologies établies de prebunking.

Ce processus donnera lieu à la production de courtes vidéos dans lesquelles les participants livrent leur regard sur la désinformation, l’identité et le quotidien à Nadejda. Ces productions traduisent la réflexion analytique en formats de récit numériques accessibles, adaptés aux réseaux sociaux.

Création artistique

Dans une seconde phase, ces réflexions seront transformées en musique. Aux côtés du rappeur et travailleur social allemand Achim « Waseem » Seger, du rappeur bulgare Golemia AMG et des musiciens polonais Kuba Daniłowicz et Mateusz Tomasz Węgrzyn, les participants prendront part à des ateliers d’écriture combinant rap, traditions musicales roms et récit personnel. Il en résultera une chanson originale, un clip vidéo et une série de contenus « making-of » documentant le processus créatif.

Programme public

Le projet se conclura par une série d’événements publics à Sofia en octobre, qui replacent les expériences locales dans un contexte européen plus large. L’exposition itinérante Sillages, produite par l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, retracera la construction historique des stéréotypes visant les communautés roms en France et en Europe. En parallèle de l’exposition, une restitution publique au Goethe-Institut Bulgarien présentera les productions musicales et vidéo créées dans le cadre du projet et ouvrira un dialogue sur la désinformation, l’identité, la représentation et la participation culturelle.

Impact

En reliant éducation aux médias et à l’information, création artistique et engagement communautaire, Mahala Beats vise non seulement à renforcer la résilience des jeunes face à la désinformation, mais aussi à contribuer à une conversation plus large sur la représentation et la voix dans le débat public. Le projet crée les conditions permettant aux jeunes roms de ne plus être seulement objets de représentations, mais de devenir auteurs des récits qui les définissent, contribuant ainsi à une compréhension plus plurielle et inclusive de la confiance, de la vérité et de l’appartenance.

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