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La frontière de nos rêves. Rétrospective du réalisateur Georgi Balabanov : du 20 au 30 mai 2026, salle Slaveykov

A l’occasion du 75ème anniversaire du réalisateur bulgare basé en France Georgi Balabanov, Cineaste Maudit production avec le soutien du Programme « Culture » de la Ville de Sofia, l’Institut français de Bulgarie et la Cinémathèque nationale bulgare organise une rétrospective exceptionnelle de son œuvre, qui sera présentée du 20 au 30 mai 2026.

Dix de ses films emblématiques seront projetés sur sept jours, offrant au public l’opportunité de découvrir ou redécouvrir le travail d’un cinéaste dont la carrière, bien que méconnue en Bulgarie, a marqué la scène internationale.

Cette rétrospective est organisée à l’initiative et en collaboration avec Svetloslav Draganov, documentariste, réalisateur et producteur bulgare, qui accompagnera chaque projection et partagera son regard sur l’héritage cinématographique de son compatriote, apportant un éclairage contemporain sur son œuvre.

Georgi Balabanov, figure majeure du documentaire, a construit son parcours entre Bulgarie, France et Brésil, transcendant les frontières géographiques et artistiques. Après des débuts difficiles dans son pays natal, il quitte la Bulgarie à la fin de 1986 pour s’installer à Paris, un départ qu’il qualifie lui-même d’« acte le plus décisif de ma vie ». Ce choix marque le début d’une carrière internationale, où il explore sans cesse de nouveaux territoires, tant physiques qu’esthétiques.

Son œuvre, saluée par des figures comme Jean Rouch, cinéaste et anthropologue français, considéré comme l’un des fondateurs du « cinéma vérité » en France, se distingue par une rigueur scientifique alliée à une sensibilité artistique unique. Balabanov y dépeint le réel avec la précision d’un « chirurgien », révélant ce qui reste souvent invisible ou indicible. Ses films, tels que Solo pour un cor anglais (1984), L’ombre du chasseur (1991) ou encore La frontière de nos rêves (1996) témoignent de cette quête constante de dialogue entre passé et présent, entre mémoire collective et réalité contemporaine. Plus récemment, Le dossier Petrov avec Et le bal continue (2015) dressent un portrait sans fard de la Bulgarie post-communiste.

A l’occasion de cette rétrospective, l’Institut français a le plaisir d’accueillir deux personnalités très proches G. Balabanov – Pierre-Henri Deleau, connu en tant que fondateur de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes et Laurent Pellé, ex-assistant et collaborateur de Jean Rouch, délégué général et programmateur du Festival international Jean Rouch – Paris.

Cette rétrospective est l’occasion de célébrer un cinéaste qui, malgré son « absence choisie », n’a jamais cessé de se tourner vers sa terre natale, tout en embrassant le monde. Les projections seront accompagnées d’échanges et de débats avec l’auteur en personne, Svetloslav Draganov, prof. docteur ès sciences Alexander Donev, et les invités.

Longtemps délégué général du FIPA, le festival des programmes audiovisuels de Biarritz, et fondateur, en 1969, de la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes et son délégué général jusque 1999) (révélant des talents majeurs tels que Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder, George Lucas, Martin Scorsese, Ken Loach ou Michael Haneke), Pierre-Henri Deleau est depuis sa création en 1990 le délégué général du festival du film d’histoire de Pessac. Avec lui, c’est la mémoire du cinéma des quarante dernières années qui s’exprime.

Le programme sera publié prochainement.

COMMÉMORATION, 1979

Réalisation : Georgi Balabanov et Raina Tomova ; Scénario : Georgi Balabanov et Raina Tomova ; Directeur de la photographie : Krasimir Kostov ; Production : STF Ekran (filiale de la BNT) ; Durée : 25 min.

Restée seule, une femme âgée doit quitter sa maison et son village natal. Avant que ses enfants ne l’emmènent avec eux en ville, elle organise une cérémonie en mémoire de son mari décédé. Cette cérémonie n’est pas seulement un rituel. C’est un adieu à ses racines et à une vie qui s’est éteinte à jamais. « Tout n’est que cendres, tout n’est qu’ombre » Ce film est aussi un adieu à l’enfance du réalisateur Georgi Balabanov, qui a grandi dans ce village. La femme âgée est sa grand-mère Silistra.

Distinctions :

  • Prix du meilleur film documentaire – Internationale Kurzfilmtage, Oberhausen 1981
  • Prix du meilleur documentaire – Mostra internazionale d’Arte Cinematografica, Venise 1985
  • Prix du meilleur documentaire – Bazil Wright Award, RAI Film Festival, Londres 1986

SOLO POUR COR ANGLAIS, 1983

Réalisateur : Georgi Balabanov ; Scénario : Georgi Balabanov ; Directeur de la photographie : Krassimir Kostov ; Production : STF Ekran (BNT), Durée : 25 min.

Film-portrait de Sava Panev Zhekov, chef de l’orchestre rituel du cimetière central de Sofia. Sa vie quotidienne de retraité, qui peine à joindre les deux bouts, oscille entre son travail avec l’orchestre au cimetière et le calme douillet de son foyer, partagé avec son épouse. Derrière tout cela se profilent l’ombre de la mort et les fantômes des rêves inassouvis.

Distinctions : Prix spécial – Festival International Jean Rouch, Paris 1984

SOUS LE CHAPITEAU, 1987

Réalisateur: Georgi Balabanov ; Scénario : Georgi Balabanov ; Directeurs de la photographie : Krasimir Kostov et Plamen Gelinov ; Production : STF Ekran (BNT) ; Durée : 27 min.

L’histoire d’un cirque bulgare itinérant avant l’effondrement du « socialisme avancé » en République populaire de Bulgarie. Un portrait « sans masque ni maquillage » d’une troupe et d’une époque – dans les coulisses et sous les projecteurs.

LE PALAIS DU RIRE, O palacio do riso

Réalisateurs : Georgi Balabanov et Vanya Perazzo Barbosa ; Scénario : Georgi Balabanov et Vanya Perazzo Barbosa ; Directeur de la photographie : Marcos Vilar ; Production : UFPB Brésil et Vanya Perazzo Barbosa ; Durée : 27 min.

Le film raconte l’histoire d’un petit cirque des favelas de João Pessoa, capitale de l’État de Paraíba, dans le nord-est du Brésil. L’histoire de ses « artistes », qui travaillent à tout ce qu’ils trouvent pendant la journée et, le soir, transforment la misère en art. Le public est un complice enthousiaste de cette « illusion ».

Distinctions : Prix du meilleur film documentaire – Prêmio Paulo Emílio Sales Gomes, Festival de Brasília do Cinema Brasileiro 1995

GENS DE LA SCÈNE, 1983

Réalisateurs : Georgi Balabanov et Zdravko Dragnev ; Scénario : Toma Tomov ; Directeurs de la photographie : Dimitar Katsev, Ivaylo Kuzov. Production commandée par le Comité de la culture du Conseil des ministres de la République populaire de Bulgarie. Durée : 56 min.

Un film-spectacle tourné lors du festival « Théâtre des nations », qui s’est tenu en 1983 à Sofia. Le célèbre acteur et metteur en scène français Jean-Louis Barrault guide le spectateur à travers ce tumulte babylonien de langues, de cultures et de styles, pour lui dévoiler les secrets du théâtre, cet art éphémère qui, tout comme la vie humaine, naît, existe un instant et disparaît à jamais.

LA FRONTIÈRE DE NOS RÊVES, 1996

Réalisateur : Georgi Balabanov ; Scénario : Georgi Balabanov ; Directeur de la photographie : Radoslav Spasov ; Production : BIPA production, La Sept Arte, Nestor Film, BNT ; Avec le soutien du CNC France, du NFC et d’Euroimage. Durée : 72 min.

Les deux frères Anani et Hristo Yavachev vivent séparés par le rideau de fer pendant 26 ans. Enfermé dans la Bulgarie communiste, Anani reste un acteur modeste. Après s’être enfui du pays en 1956, Hristo/Cristo devient l’un des artistes contemporains les plus célèbres au monde. Deux destins qui illustrent les espoirs et les illusions de deux mondes différents. Tourné principalement à travers le regard de l’aîné, Anani, « La frontière de nos rêves » dresse un double portrait subtil, où l’idée d’« interface » détermine toute la mise en scène. La vie des deux frères, opposés à tous égards en termes de succès et de reconnaissance, rappelle un mur sur lequel on aurait écrit de part et d’autre. Le véritable thème de « La frontière de nos rêves » est l’idéologie en tant que destin des individus.

Distinctions : Nomination pour le meilleur documentaire de l’année – La SCAM, Paris 1997

jeudi 28 mai, 19:00 

L’OMBRE DU CHASSEUR, L’ombre du chasseur, 1991

Réalisateur : Georgi Balabanov ; Scénario : Georgi Balabanov ; Directeur de la photographie : Krassimir Kostov ; Production : BIPA production, La Sept Arte, avec le soutien du CNC France. Durée : 50 min.

L’histoire d’une famille et d’un pays marqués par 45 ans de socialisme totalitaire est au cœur de ce film. Les rêves socialistes utopiques du grand-père, chasseur d’éléphants en Afrique au début du XXe siècle, se heurtent à la résignation de son fils, brisé par ses séjours dans les camps de prisonniers politiques, et au pragmatisme cynique de son petit-fils, chauffeur routier impliqué dans les transactions douteuses du transport routier bulgare. Le destin de ces trois hommes prend tout son sens l’année de la chute du régime communiste, lorsque ce film a été tourné.

Distinctions : Prix du meilleur film – Nestor Almendros Award, Festival international Human Rights Watch, New York 1992

LE DOSSIER PETROV, 2015

Réalisation : Georgi Balabanov ; Scénario : Jean-Claude Carrière et Georgi Balabanov ; Directeur de la photographie : Stefan Ivanov ; Production : Kamera, Ostlicht filmproduktion, Arsam ; avec le soutien du NFC, de MDM et d’Euroimage ; Durée : 90 min.

Dans les dernières années du communisme, Alexandre Petrov, comédien de théâtre, se voit interdire de se produire sur scène pour des raisons qui lui échappent. Lorsqu’après la chute du régime totalitaire, il peut remonter sur scène, il découvre qu’il a été trahi par l’homme qu’il admirait, par son professeur et ami proche, le professeur Bogomilov. Quelques minutes avant de prononcer son éloge funèbre lors de ses funérailles, Alexandre Petrov reçoit un dossier contenant les rapports de délation de son idole. Écœuré par tout cela, l’acteur décide de quitter le théâtre pour toujours. Un vieil ami et homme d’affaires influent, Markov, lui offre une chance de surmonter cette situation difficile. En cette période d’accumulation primitive prédatrice, de violence brutale et de guerres entre factions, de millionnaires du crédit et de faillites bancaires, Markov propose à Alexandre Petrov de prendre la tête d’un nouveau parti politique qui sauvera le pays…

Distinctions : Prix du meilleur réalisateur – Lauréat du prix du meilleur réalisateur, Festival international des Films du Monde, Montréal 2015

Et le bal continue, 2015

Réalisateur : Georgi Balabanov ; Scénario : Georgi Balabanov ; Directeur de la photographie : Stefan Ivanov ; Production : Ladybirds films, ARTE France et Audio-Vidéo Orpheus ; Durée : 90 min.

« Il faut que tou change, pour que rien ne change ». Cette réplique du film « Le Guépard » semble planer au-dessus du film « Et le bal continue ».

En suivant le quotidien d’un journaliste vedette, d’un ancien garde du corps devenu député, d’un officier des services secrets à la retraite et d’un dissident anticommuniste, le film nous plonge dans la réalité brutale et choquante de la Bulgarie d’aujourd’hui. Sous le regard délicat mais sans concession de Georgi Balabanov, ce bal tragicomique de la nouvelle élite capitaliste, qui ouvre et clôt le film, nous dévoile la mascarade dans laquelle vit la Bulgarie contemporaine. Passée de l’ère soviétique à l’Union européenne, tournée vers le rêve américain, la Bulgarie est aujourd’hui un pays sans boussole. Sa nouvelle élite n’est en réalité que l’ancienne nomenklatura communiste, revêtue d’un costume démocratique. Le film dresse le portrait d’un pays en crise, et en arrière-plan, celui du monde contemporain, secoué par le doute et la fin des utopies.

Distinctions : Prix du public – Prix du Public, Festival international du film d’histoire de Pessac 2016

Critique de Charlotte Garçon, archives du festival Cinema du Réel

« Comment estimez-vous la situation économique des six derniers mois ? » ; « Faites-vous confiance aux politiciens ? » : les questions que pose aux passants Elena Atzarova, « sociologue » de son état, ont le don de les irriter tant l’évidence saute aux yeux : « Le peuple se meurt », comme le résume un interviewé, qui s’entend répondre : « Merci et bonne journée ! ». En véritable Chronique d’un été de l’Est des années 2010, Et le bal continue s’enquiert du bonheur de chacun, ou plutôt du malheur de tous. Après un prologue à la Lubitsch où les millionnaires valsent dans les petits fours, Balabanov propose une vue en coupe de la société bulgare aussi inquiétante qu’humoristique, Mitteleuropa en diable. De l’haltérophile devenu député nationaliste au chanteur vedette gay et rom, les portraits sont ici croisés avec élégance, mais leur variété souligne un profond malaise économique, politique et même spirituel. Comme le dit un vieux militant, « la situation exige une révolution » … Qui ne vient pas : depuis l’ère soviétique, les étiquettes ont changé mais pas les rapports de domination. Le face à face d’un dissident avec le policier qui l’a persécuté contribue à une finale troublante et poignante : ces adversaires de vingt ans – « l’espion » d’État et le prisonnier politique – incarnent à eux deux, avec leurs divergences oubliées et leur amitié absurde, la désorientation profonde du vingt-septième membre de l’UE.

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