LES GRANDS PORTRAITS DE NADAR

L’Institut français de Bulgarie et la Galerie nationale – le Palais, Sofia

présentent

LES GRANDS PORTRAITS DE NADAR

du 21 juin au 27 août 2018

Vernissage : Jeudi 21 juin, 18h00, Galerie nationale - le Palais

Une exposition du festival Fotofabrika

Cette exposition est réalisée par le Jeu de Paume en collaboration avec la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, ministère de la Culture — France.

 

 


Victor Hugo, sans date

Ministère de la Culture /Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist Rmn-GP

© Donation Félix Nadar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les grands portraits de Nadar

 

Gaspard-Félix Tournachon (1820-1910) devient Nadar à l'âge de vingt ans : il écrit des chroniques, des feuilletons, des romans, tous d'un style journalistique, puis s'adonne au dessin railleur et moqueur, à partir de 1846. Le Panthéon Nadar paraît en 1854, composé d'environ trois cents caricatures, souvent mordantes : il le rend célèbre. C'est pour préparer le Panthéon qu'il utilise pour la première fois la photographie.

 

Installé rue Saint-Lazare (son studio est sur le toit : lumière oblige), il fait le portrait d'amis qu'il reçoit sans protocole : Théophile Gautier, Marceline Desbordes-Valmore, Gérard de Nerval (quelques jours avant son suicide), Gustave Doré, Baudelaire... Leurs silhouettes se dégagent sur un fond neutre. Nadar évite l'enflure, la joliesse et la dramatisation ; il écarte l'anecdote. Il ne cherche que la ressemblance intime. Il la trouve grâce à son exemplaire économie de moyens, à sa perspicace perception psychologique. Ses portraits photographiques ne sont pas satiriques ; ce ne sont pas des binettes.

 

Puis Nadar connaît des années fastes, au cœur de la vie parisienne du Second Empire. Il s'installe en 1860 boulevard des Capucines, dans un plus grand studio, façade signée, fréquentation mondaine, ce qui ne l'empêche pas de monter en ballon pour prendre des vues aériennes, de faire des essais à la lumière artificielle (il dépose un brevet en 1861) et de descendre photographier dans les égouts et catacombes (1865). Daumier le caricature en ballon, élevant la photographie à la hauteur de l'Art. Jules Verne fait de lui le héros de son roman De la terre à la lune, il le qualifie d'original et audacieux.

 

En 1871, alors que naît la IIIème République après le désastre de Sedan, Nadar, à force de problèmes financiers, déménage rue d'Anjou et se remet activement au portrait : Alphonse Daudet, Sarah Bernhardt... Les temps de l'après-guerre sont graves. Les visages aussi. En quelques années il remonte la pente. Il écrit de nouveau (Histoires buissonnières, 1876) et réalise, aidé par son fils Paul, la première interview photographique avec le chimiste Chevreul. Il se retire quelques années plus tard, dans la forêt de Sénart où il écrit ses mémoires, confie son studio à Paul, puis s'installe à Marseille à soixante-quinze ans.

 

Lors de l'exposition universelle de 1900, à Paris, la rétrospective de son œuvre a un succès sans précédent. Flammarion publie Quand j'étais photographe. Asthmatique, Nadar revient à Paris en 1904, où il meurt le 21 mars 1910 après avoir écrit Charles Baudelaire intime.

 

Pétillant, impertinent, casse-cou, d'idéal socialiste, Nadar fut le premier photographe à braver l'opinion, à aller au bout de ses idées (photographie aérienne), de ses goûts (le portrait en soi, malgré le succès de la carte de visite qui permet à Disdéri de faire fortune). Ses meilleurs portraits sont ceux des gens qu'il connut le mieux. A de rares exceptions près, il les photographia isolément, quasiment sans décor. Les visages l'habitaient. Respectueux, pudique, il ne chercha ni à les traquer ni à leur faire avouer l'inavouable. A l'œil, il devinait les visages ; il ne faisait aucune retouche. Pratique pure, sans fioriture. Ces grands portraits constituent le vrai Panthéon de son époque. "Le photographe a toujours le droit d'être un artiste" disait déjà un critique dans la Gazette des Beaux-Arts, à propos de l'exposition de 1859. Il parlait de Félix Nadar, le vrai, celui qui avait l'intelligence morale de ses modèles et le sentiment de la lumière.

 Pierre Bonhomme

 

 Sarah Bernhardt, 1860-1865Ministère de la Culture /
Médiathèque de l’architecture et
du patrimoine / Dist Rmn-GP
© Donation Félix Nadar

 

Nadar, Félix

 Tournachon, Gaspard-Félix ; Tournachon, Gustave-Félix

Naissance 06/04/1820

Lieu de naissance Paris (France, Paris, 75)

Décès 21/03/1910

Lieu de décès Paris (France, Paris, 75)

 

 Biographie

 Fils d'un imprimeur lyonnais, Félix Tournachon mène à Paris la vie de bohème des jeunes romantiques. Il publie des critiques dramatiques, des contes et signe rapidement de son pseudonyme Nadar.

 A partir de 1846, il propose des caricatures aux journaux satiriques dans lesquels il écrit. Il lance alors sa " Galerie des gens de lettres " qui deviendra le fameux " Panthéon Nadar " publié en 1854. L'année précédente, en 1853, Félix a offert à son frère Adrien des leçons de photographie auprès du maître Gustave Le Gray.

 Félix s'adonne lui aussi à cette pratique et réalise ses premiers portraits au printemps 1854 avant de venir apporter son soutien à Adrien qui a du mal à lancer son entreprise. Les deux frères produisent alors une série de " Figures d'expression de Charles Deburau en Pierrot " qui remporte un vif succès à l'Exposition universelle de 1855. S'ensuit une dispute entre les deux frères. Adrien, qui signe Nadar jeune, veut poursuivre seul mais Félix lui intente un procès en mars 1856 qu'il gagne en décembre 1857 - pour récupérer l'usage exclusif de son pseudonyme.

 Félix, qui a trouvé dans la photographie un nouveau champ d'expérimentation, poursuit dans cette voie. Il souhaite traduire la " ressemblance intime " des figures de la bohème et du romantisme. Défilent ainsi dans son atelier : Baudelaire, Nerval, Dumas, Gautier, Rossini, Berlioz. En 1859, l'engouement pour le " portrait carte de visite ", selon la formule déposée par Disdéri, signe la fin de cette œuvre artisanale. Nadar s'engage alors dans une production plus commerciale, s'installe somptueusement boulevard des Capucines, dans l'atelier laissé libre par Gustave Le Gray et édite ses " Figures contemporaines " en petit format.

 Nadar, qui réalise encore quelques beaux portraits comme ceux de Sarah Bernhardt et de George Sand, se tourne vers d'autres défis techniques, comme l'aérostation. Il réalise en 1858, depuis un ballon, une première vue aérienne au-dessus du Petit-Clamart, photographie à la lumière électrique les catacombes (1862) puis les égouts de Paris (1864-1865). En 1886, il réalise enfin, en collaboration avec son fils Paul, l'interview d'Eugène Chevreul, à l'occasion du centenaire du célèbre chimiste. Les photographies prises à l'occasion de cet entretien sont publiées dans le Journal illustré.

 Sources

BNF, notice n°FRBNF11917338

À la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

 

 

 

Félix Tournachon, dit Nadar, a vécu avec intensité l'expérience de son temps, s'est lancé avec un vitalité prodigieuse dans les entreprises les plus variées et nous a laissé aussi quelques-uns des portraits les plus exacts de ses contemporains. Les métiers très nombreux qu'il a exercés lui ont permis d'entrer en contact avec des milieux forts divers, dont sa personnalité changeante a reflété les tendances.

 

Etudiant en médecine, il joue les héros de Murger. Journaliste et fondateur de gazettes, promises en général à un brève existence, il se croit voué à la destinée de boulevardier. Feuilletonniste, il écrit des romans assez peu vraisemblables, mais où il laisse entendre parfois qu'il se raconte. Caricaturiste ou graveur, sa production est cependant inégale. Aérostier (et cette activité tint une grande place dans son existence), il se lance dans la grande aventure de l'espace. Mais il ne donne vraiment la meilleur part de lui-même que lorsqu'il laisse le premier rôle aux autres. Dans la photographie, c'est le modèle qui s'impose. Et, à l'aube même du développement de cet art nouveau, Nadar apparaît comme l'un des plus grands photographes de tous les temps.

Non que ses autres activités aient été négligeables. Mais dans la photographie, qui a fait vraiment sa renommée, son art est dépouillé de toute emphase, de toute pompe, de toute exagération. C'est la caricature cependant qui l'y avait amené, et tout naturellement, car pour éviter de faire poser les modèles qu'il dessinait, il travaillait sur clichés.

A l'époque où Nadar ouvre son premier studio (d'abord rue Saint-Lazare, et plus tard seulement rue des Capucines), la photographie entre dans sa phase industrielle. Durant tout le cours du XIXe siècle et le début du XXe, ce fut le propre des industries nouvelles que d'attirer une humanité disparate d'aventuriers et de savants, de ratés et de précurseurs. Beaucoup, comme Nadar, étaient arrivés à la photographie en venant des lettres ou des arts, et souhaitèrent y imposer leur propre personnalité mieux qu'ils n'avaient réussi à le faire dans leur premier métier. Et puis, c'est sur le plan technique, l'ère du "collodion" qui s'est ouverte. A la place de l'épreuve unique, utilisée longtemps encore en province, l'on peut tirer du cliché des positifs nombreux. La pose des modèles est aussi moins longue et plus naturelle. L'un des meilleurs commentateurs de Nadar, Mr Pierre Schneider, a bien montré comment l'instantanéité avait joué un rôle tout à fait nouveau dans ses créations.

Les portraits de Nadar nous laissent une image particulièrement expressive de ses contemporains les plus illustres. Il a su faire ressortir, dans chaque visage, le caractère dominant de l'homme : Baudelaire, aux traits précis, au regard profond et pénétrant, à la mise cavalière ; Delacroix, à la face puissante, embuée de rêve ; Victor Hugo, à la lourde tête pensive et sensuelle ; Lamartine, que Nadar n'aimait pas, et qu'il nous montre comme un grand oiseau maigre, triste et desséché.

Nadar a été un portraitiste incomparable. Et l'on peut se demander pourquoi. L'obtention d'un cliché obéit à un automatisme qui ne devrait laissé qu'une place relativement faible à l'auteur. Certains ont expliqué le succès de Nadar par sa compétence technique ; mais la découverte de nouveaux procédés se transmet rapidement, est presque instantanément à la portée de tous. Et c'est justement à ses débuts, à un moment où Nadar ne disposait encore ni de ses studios les plus perfectionnés, ni de nombreux collaborateurs, qu'il a produit ses œuvres les plus remarquables. D'autres ont pensé à juste titre qu'il avait un talent particulier pour jouer des ombres et des lumières et pour accuser les valeurs. Mais rien de tout cela n'explique sa supériorité évidente. L'œuvre du photographe est une collaboration constante avec son modèle. Nadar, qui connaissait tout Paris, et qui avait l'amitié chaleureuse, savait susciter un climat propice, mettre ses clients en confiance, et leur faire prendre naturellement et comme d'eux-mêmes, l'attitude qui leur convenait le mieux.

 Tout au long de sa carrière, Nadar a été un grand créateur d'atmosphère. Au bénéfice parfois d'une simple publicité. Ou encore, pour préparer le succès de quelque découverte. Mais cet art, qui fut le sien, s'est révélé particulièrement efficace, lorsqu'il s'est agi d'amener ses contemporains à se présenter à l'objectif tels qu'ils étaient vraiment. Ce metteur en scène de talent a su, comme photographe, être tout simplement l'interprète le plus expressif de la réalité humaine.

 

Extrait "NADAR" Bibliothèque Nationale – 1965

 

 

"La théorie photographique s'apprend en une heure ; les premières notions de pratique, en une journée.

... Ce qui ne s'apprend pas... c'est le sentiment de la lumière - c'est l'appréciation artistique des effets produits par les jours divers et combinés, - c'est l'application de tels ou tels de ces effets selon la nature des physionomies qu'artiste vous avez à reproduire.

 Ce qui s'apprend encore beaucoup moins, c'est l'intelligence morale de votre sujet, - c'est ce tact rapide qui vous met en communion avec le modèle, vous le fait juger et diriger vers ses habitudes, dans ses idées, selon son caractère, et vous permet de donner, non pas banalement et au hasard, une indifférente reproduction plastique à la portée du dernier servant de laboratoire, mais la ressemblance la plus familière et la plus favorable, la ressemblance intime".

 Félix Nadar

(1857)